Stratégies d’inclusion pour les élèves du secondaire

Sur ma table de chevet, une vraie liste d’attente ! Aujourd’hui, on débute avec un ouvrage essentiellement destiné aux enseignants de collège  :

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Stratégies d’inclusion pour les élèves du secondaire, 70 clés pour surmonter les obstacles à l’apprentissage de M. C. Gore, Chenelière Education.

L’auteur est professeur d’adaptation scolaire au Canada – on dirait « enseignant spécialisé » en France. Elle enseigne à des élèves et aussi à des étudiants. La différence contextuelle et parfois culturelle est assez sensible dans les premières pages et déroute quelque peu le lecteur français. Le postulat initial est le suivant : les élèves à besoins particuliers peuvent progresser au prix de quelques adaptations, et surtout de l’enseignement de quelques stratégies. Selon elle, trois aspects sont essentiels pour favoriser les apprentissages de ces élèves : la répétition, condition de la mémorisation, la structure et l’enseignement explicite.

Les trois premiers chapitres : « De l’intégration à l’inclusion », « Les blocages liés à l’apprentissage », « les clés de l’efficacité des stratégies d’inclusion scolaire » constituent des apports théoriques et une revue de littérature scientifique.

L’auteur propose ensuite 70 clés ; certaines sont utilisées par les enseignants, les autres seront enseignées aux élèves. Petite sélection.

Chapitre 4 « des consignes claires pour tous les élèves ». Les clés 1 à 5, sans rien proposer de révolutionnaire, ont le mérite de formaliser des pratiques intuitives, et ainsi de pouvoir les utiliser à meilleur escient.

Chapitre 5 « L’enseignement du vocabulaire et des concepts relatifs à chaque matière ». Il s’agit à la fois de travailler précisément le sens des mots avec les élèves mais aussi de leur donner des stratégies mnémotechniques. Le grand intérêt du chapitre est de proposer plusieurs modèles différents « d’organisateurs graphiques » (voir clé 25), qui ont des caractéristiques et des intérêts différents. Certains sont moins usités que d’autres : l’arbre taxonomique (clé 6), le tableau analytique des traits sémantiques (clé 7), le tableau comparatif du vocabulaire (clé 8), le diagramme d’analyse d’un mot (clé 10), la carte sémantique (clé 11). Les propositions suivantes visent davantage la mémorisation (clés 12 à 15 et 19).

Chapitre 6 « Des outils d’enseignement magistral », clés 20 à 29. Les intitulés semblent enfoncer des portes ouvertes : faire des pauses (clé 21), souligner les éléments importants (clé 23). Comme pour les clés 1 à 5, l’intérêt est de formaliser les pratiques. Chaque clé s’achève par les justifications essentielles. Les clés suivantes sont plus originales : fournir des non-exemples (clé 27), utiliser des jeux de rôles pour des contenus complexes (clé 29). La clé 25 présente les organisateurs graphiques, qui sont repris à de nombreuses occasions : liste, notes guidées, schéma conceptuel, les organisateurs graphiques peuvent prendre des formes multiples. Une fois leur utilisation enseignée, ils évitent la confusion, aident à rendre l’enseignement explicite, favorisent l’organisation de la pensée et invitent à un travail réflexif. On peut compléter tout de suite en lisant la clé 38 : pour représenter explicitement les relations. C’est l’intérêt majeur du livre, me semble-t-il.

Pour en savoir un peu plus sur les organisateurs graphiques…

Chapitre 7 « des stratégies de prises de notes pour améliorer l’apprentissage ». Les clés 32 à 35 proposent des façons diverses de prendre des notes : notes partielles, stratégiques, guidées, par échafaudage. Il s’agit de proposer une prise de notes structurée (32 et 33), active (35), et qui incite l’élève à se souvenir de ce qui a précédé (clé 34). Voir les fiches à partir de la page 166.

Chapitre 8 « un meilleur apprentissage à partir des manuels scolaires » Les éléments de ce chapitre sont repris ailleurs.

Chapitre 9 « des guides d’étude pour améliorer l’apprentissage à partir des manuels scolaires ». Les clés 42 à 48 présentent différents guides d’étude de textes selon la structure du texte : autour d’une idée principale (42), d’une liste (43), autour d’un « ordonnancement », c’est-à-dire en étapes successives (44), d’une comparaison (45), des causes à effets (46), selon la structure problème-solution (47), autour d’une analogie (48). Ces guides permettent à la fois aux élèves de prendre conscience des structures, facilité la compréhension des relations entre les différents éléments et favorise la mémorisation. Des fiches sont proposées à partir de la page 169.

Chapitre 10 « les moyens mnémotechniques ». Rien de bien nouveau ici…

Chapitre 11 « L’amélioration des habiletés cognitives de niveau supérieur » « Souvent, nous croyons enseigner aux élèves à utiliser leurs habiletés cognitives de niveau supérieur, alors qu’en fait nous leur soumettons des problèmes nécessitant de telles habiletés sans leur enseigner celles dont ils ont besoin pour les résoudre »p.129. Là encore, l’auteur propose beaucoup « d’organisateurs graphiques », mais qui ont d’autres objectifs. Les scénarimages de type I (clé 51) permettent d’enseigner la planification et sont utilisés en groupes. Les scénarimages de type II (clé 52) améliorent l’organisation et peuvent être utilisés comme stratégie de lecture (ils permettent de visualiser ce qui est lu) et de pré-écriture. Ils favorisent aussi la compréhension des causes et des effets et permettent de repérer plus facilement les incohérences. L’ouvrage présente aussi l’intérêt des organigrammes (clé 53) et les diagrammes de Venn-Euler (clé 54), des outils fréquemment utilisés. Trois paragraphes (clés 55, 57 et 58) sont consacrés à différents usages des tableaux. Plus intéressantes, les clés 57 et 59 s’intéressent à l’utilisation de la métaphore comme stratégie consciente pour résoudre un problème.

Chapitre 12 « des textes informatifs de meilleure qualité » détaille des pratiques très courantes : l’enseignement du résumé (clé 60), des structures de texte (clé 61), des textes à compléter (clé 62), etc.

Le dernier chapitre évoque rapidement des techniques amenées à se développer comme les jeux vidéos ou la balado diffusion.

A mon sens, le livre a trois grands mérites : le premier de venir étayer par une revue de littérature le bien-fondé de telle ou telle pratique pédagogique et d’en préciser l’intérêt et l’usage ; dès lors, il ne s’agit plus d’une simple habitude, mais bien d’un geste professionnel. Ensuite, la grande place accordée aux organisateurs graphiques invite également à en approfondir la diversité (schéma, tableaux, arrête de poisson… tout n’est pas équivalent !). Enfin, les propositions faites dans cet ouvrage visent également à rendre les élèves conscients de leurs démarches et de leurs stratégies : un levier immense de progrès !