Le Bal des pompiers à Mercurol le 6 février !

12544773_10154098758012454_805734183_oEntretien avec Laurent Savard, auteur et interprète. Merci à lui d’avoir bien voulu répondre à quelques questions pour le compte de Planète Autisme Drôme Ardèche !

 

Rire avec l’autisme, c’est possible ?

Dans mon spectacle, je ris avant tout avec la différence, plus qu’avec l’autisme. Sinon, j’aurais eu l’impression d’utiliser un filon. Et le but est de rire avec la différence, et non, bien entendu, de rire de la différence. Desproges disait qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec n’importe qui ; moi, je pense qu’on peut rire de tout mais pas n’importe comment. Et le fait d’être concerné me protège peut-être de quelques maladresses. Je n’ai pas eu l’impression de m’autocensurer, j’avais ma petite grille de lecture et en tête une petite liste de sujets à mettre sur la table. Surtout, je trouvais plus intéressant de retourner le miroir et de se marrer gentiment de ceux estimant ne pas avoir de différence, qui croient ne pas être concernés.

A qui s’adresse votre spectacle ? Aux familles concernées ? Aux décideurs, aux enseignants, aux psys ?

Un spectacle 100% inclusif ! Il a été créé dans l’optique « tout public », même si le « monde de l’autisme » a contribué à le faire connaître. Tous les publics m’intéressent, y compris celui de Bigard ou Dubosc. J’ai vraiment ce désir d’essayer d’embarquer tout le monde dans cette histoire qui peut paraitre si personnelle. Au-delà des familles touchées par l’autisme ou le handicap, il y a le public intéressé par l’humour, curieux de voir comment on peut faire rire autrement avec la différence. Egalement le public médico-social, éducatif, tout un public tant représenté dans le spectacle … l’occasion de se remettre en question ? Et toutes les personnes qui ne sont pas concernées doivent pouvoir se dire à la fin du spectacle « je ne pouvais pas imaginer cette réalité, à quel point c’est dur et ubuesque ». Et pour dépasser cela, je ne connais que le rire.

A quoi sert l’humour ? Est-ce une discipline personnelle ? De la courtoisie vis-à-vis d’autrui ? Le moyen de la critique ou celui d’aller chercher autrui ?

Par provocation, je dirais qu’un spectacle ne sert à rien. Un spectacle ne sert qu’à se divertir. Après, si quelqu’un veut réfléchir, il peut. Je n’ai pas voulu faire un spectacle « à message », promouvoir « la fierté de l’autisme », même si bien entendu je suis fier de mon fils ! Je suis comme cela, j’ai grandi dans la dérision. Gabin est lui aussi continuellement dans la déconne. Je ne pouvais pas faire autrement, parce que c’est mon métier, parce que Gabin dégage beaucoup de gaieté. C’est le meilleur angle par rapport à notre vie, pour avoir une soupape. A l’origine, je n’avais pas particulièrement d’ambition autre que faire un bon spectacle d’humour. Mais je voulais le faire le mieux possible. Je l’ai réécrit quasiment quarante fois, en sollicitant l’avis d’autres potes humoristes comme Stéphane Guillon. Et je me devais de ne pas échouer par respect pour Gabin. Il doit sortir grandi de ce spectacle.

On voit en ce moment émerger beaucoup de personnages autistes dans les fictions. Cela vous fait plaisir ou vous agace, ou les deux ?

Je n’aime pas les catégories. Malheureusement, quand les médias s’intéressent à l’autisme, c’est soit les paillettes, soit le pathos. Celui qui connaît d’innombrables décimales de π, ou celui qui se tape la tête contre les murs. Mon but n’est pas de parler exclusivement d’un type d’autisme précis. Qu’il y ait des personnages autistes de haut niveau ou Asperger dans des fictions, c’est évidemment positif. Ce qui me dérange, c’est que le public n’ait que cette vision de l’autisme. L’autisme, c’est un prisme énorme, il faut mettre un « s » à autismes. A chacun de décoder et de voir qui utilise l’autisme pour se mettre en valeur, et qui ne l’utilise pas. Et l’immense majorité des personnes ou assos est bien entendu sincère. J’espère en être car je ne fais que raconter le vécu de Gabin … et ma petite fierté c’est quand une famille me remercie de parler avant tout de notre combat au quotidien : le couple, l’argent, l’autonomie, l’acceptation de son enfant…

Avez-vous déjà eu l’impression que votre spectacle était utilisé comme gage de bonne conscience ?

Oui, j’ai parfois eu le sentiment d’être programmé par certaines municipalités qui espéraient évacuer le problème… malgré tout il y a un petit effet cheval de Troie. Je me fais un plaisir d’aller partout, y compris pour des publics qui ne veulent que du rire pour rire. Le spectacle a sans doute aussi un ton altruiste, antifachiste ; une municipalité d’une sensibilité proche de l’extrême droite a d’ailleurs refusé de louer la salle municipale à une association qui m’avait sollicité. J’ai également quelques fois joué dans des milieux très psychanalysants, mais j’y vais. Ne prêcher que des convaincus, ce serait dommage non ? C’est un spectacle tripal, j’y ai donc mis mes tripes ; et c’est avant tout le spectacle d’un papa pour son fils.

Selon vous, le regard sur le handicap a-t’il changé dans le grand public ?

J’ai l’impression qu’il évolue. Il y a eu le livre de Fournier, Où on va Papa ? Peut-être que le Bal des pompiers y contribue modestement, et bien évidemment le film Intouchables. Il faut montrer qu’on est dans la place. Si le spectacle est militant, c’est dans ce sens-là : on est là. Je suis papa d’un enfant handicapé, ce n’est pas pour ça qu’on va se laisser abattre, on est là, on va faire valoir nos droits, les droits de Gabin avant tout !

Et sinon, la Viarhôna, vous connaissiez ?

Ah non ! Mais merci pour l’info !!